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En Belgique, quelques exemples de difficultés quotidiennes rencontrées par les travailleurs sociaux...

- Un responsable administratif de la Communauté française demande aux travailleurs sociaux d’un service d’aide aux jusiticiables l’accès aux dossiers sociaux ; il réagit au rapport d’activité du service qui décrit la présence de jeunes mineurs en prison. Il veut l’accès aux dossiers nominatifs : il demande l’identification des jeunes concernés, leurs dates de naissance, le lieu et la date des interventions. Il n’énonce pas d’objectifs clairs et ne dit pas ce qu’il va faire de ces informations. Les travailleurs sociaux, soutenus par leur avocat, refusent de répondre à sa demande, la considérant contraire aux dispositions légales en matière de secret professionnel (art 458 du CP) et de respect de la vie privée (loi du 8 décembre 1992), et excessive en regard de sa mission.

- Un matin, une Inspectrice de la Police d’une commune du Brabant wallon téléphone au CPAS pour avoir des renseignements au sujet d’une personne aidée par le centre. L’assistant social référent lui répond qu’il est tenu au secret professionnel, qu’une demande par téléphone ne lui semble pas prouver qui appelle réellement et que si elle devait l’entendre, elle pouvait demander un devoir d’enquête au magistrat, pour que le secret professionnel puisse éventuellement être levé. L’Inspectrice insiste pour l’entendre le matin même, l’assistant social résiste. Elle conclut en menacant de venir vérifier sur place pour obtenir l’information voulue.

- Une assistante sociale qui travaille dans un centre ouvert pour demandeurs d’asile est approchée par des policiers. Ces policiers désirent l’interroger au sujet d’un de ses clients qui aurait commis un délit. L’assistante sociale refuse de leur fournir la moindre information, cela signifierait en effet briser le secret professionnel. Les policiers, fort irrités par ce refus, demandent de voir un supérieur. L’assistante sociale pensait être soutenue par celui-ci mais il l’oblige à collaborer avec la police et à fournir les informations désirées...

- Un bourgmestre place 12 caméras dans différents endroits de sa commune. Les bandes des caméras doivent donc être visionnées. Le temps de réunir une équipe de sécurité qui visionnera ces bandes, il est demandé aux travailleurs sociaux de l’équipe des contrats de sécurité et de prévention de le faire. Ces travailleurs sociaux, animateurs, en contact régulier avec les jeunes, se sont donc retrouvés, pendant un certain temps, à contrôler ces images et à signaler les moindres faits suspects.

- Une stagiaire assistante sociale effectue son stage dans une asbl travaillant dans le secteur de la prostitution. Elle demande l’avis du CVTS : la Police s’est présentée à l’association en demandant des informations sur une dame connue de l’association, disparue, disent-ils, depuis deux jours. Doit-elle ou peut-elle donner les informations en sa possession pour aider aux recherches, en invoquant l’assistance à personne en danger ? Comment évaluer la réalité du danger ? Comment maîtriser les retombées sur la personne ? Et dans le quartier ? La Police est-elle habilitée à recueillir des faits secrets ou des confidences ? La stagiaire doit-elle ou peut-elle se retrancher derrière le secret professionnel et privilégier la relation de confiance ? Autant de questions et bien d’autres encore...

- Monsieur P. 30 ans, séparé, deux enfants de 6 et 4 ans à charge de la maman (Madame T), avec laquelle les contacts sont parfois très bons, parfois très mauvais. Il a été condamné à 5 ans de prison pour vols avec violence, toxicomanie et violences conjugales et a obtenu sa libération conditionnelle après 3 ans ½ de détention. Il vit actuellement chez sa mère. Parmi ses conditions de libération figurent notamment un suivi psychologique et le fait de ne pas vivre sous le même toit de son ex et de ses enfants. Il se rend dans un service d’aide sociale aux détenus pour être suivi par un psy et un AS. A l’approche de sa libération conditionnelle, Madame T se rend également dans ce service pour y rencontrer un psy et un AS. Elle ne sait pas que Monsieur P s’est adressé au même service et lui ne sait pas non plus qu’elle y est suivie. Monsieur P et Madame T sont suivis par des intervenants différents. Lors des rendez-vous avec l’AS, Monsieur P dit qu’il ne consomme plus de drogue, qu’il habite la majeure partie du temps chez sa mère mais qu’il va occasionnellement chez son ex-compagne, parce que celle-ci le lui demande mais il précise que l’assistant de justice ne le sait pas car, dit-il, "s’il l’apprend, je risque de retourner en prison et ce serait catastrophique". Au psy, il dit par contre qu’il consomme toujours de la drogue. Mais en ce qui concerne son logement il dit la même chose qu’à l’AS. A l’assistant de justice, il ne donne aucune de ces deux informations, dit qu’il va très bien et que sa réinsertion se passe pour le mieux. Madame T, quant à elle, dit qu’il revient de temps en temps habiter chez elle et qu’elle n’ose pas le mettre à la porte malgré l’interdiction, parce qu’elle a peur de représailles éventuelles, mais aussi parce qu’elle l’aime encore. Elle dit qu’il vient quand ça lui chante, sans jamais la consulter ni lui demander son avis. Après six mois de libération conditionnelle, l’assistant de justice sollicite les intervenants de Monsieur P et leur demande de faire un rapport contenant toutes les informations permettant de dire que celui-ci va bien comme il le lui répète lors de chaque entretien. A cette occasion, les travailleurs de l’ASJ se réunissent et se rendent compte des divergences du discours de Monsieur P ainsi que des divergences existant entre les discours de Monsieur P et de Madame T...

- S. est issu d’un couple belge, non marié, qui a eu 3 enfants au total. Il n’a pas été reconnu par son père et porte le nom de sa mère. Il est le dernier des trois enfants. Ses parents sont âgés : sa mère a 60 ans et son père 76. Les trois enfants ont été placés dès leur jeune âge et ont très peu vécu avec leurs parents. La mère est très limitée intellectuellement et est dépendante de médicaments. Elle est depuis peu placée en maison de repos. Son père est aussi placé suite à une maladie. S. a fait toute sa scolarité en enseignement spécial, dans un IMP (institut médico-pédagogique), jusqu’à ses 18 ans. Il était généralement en internat, sauf la dernière année. Il n’a pas obtenu de diplôme et n’a aucune qualification. Il est limité intellectuellement. Une reconnaissance comme handicapé mental a été envisagée par le psychologue de l’IMP, mais les démarches n’ont pas été faites avant sa majorité. A 18 ans, S. a quitté l’IMP, sans orientation. Il est retourné vivre chez sa mère, alors en appartement. Le CPAS a accordé un minimex au taux cohabitant à S. ainsi qu’à sa mère. Tous deux ont été incapables de gérer leur budget. L’hygiène et les conditions de logement se sont fort dégradées. Suite à cela, la mère a accepté un placement en maison de repos. La demande de S. au CPAS consistait à travailler pour gagner sa vie (demande adressée au service ISP du CPAS), à trouver un logement et à prendre sa mère à charge. L’AS a pris en compte le niveau intellectuel et d’autonomie de S. et a requalifié la demande : l’AS propose en effet une reconnaissance par le ministère des affaires sociales en vue de l’obtention d’une allocation de handicapé, une insertion socio-professionnelle via un atelier protégé et l’installation dans un appartement supervisé. Sans demander l’avis de l’AS, le service ISP du CPAS a proposé une mise au travail comme brancardier dans un hôpital. L’expérience fut un échec. Toujours sans tenir compte de l’avis de l’AS, le service ISP a alors orienté S. vers une mise au travail comme manutentionnaire. Ce fut un nouvel échec. L’orientation de l’AS a enfin été prise en compte et les démarches en vue d’une reconnaissance comme handicapé sont en cours...